Risei Kano : l’architecte du judo olympique

Temps de lecture estimé : 15 minutes
Illustration Risei Kano
Risei Kano

Risei Kano

25 novembre 1900, Tokyo, Japon
Décédé
13 janvier 1986 (85 ans)
Nationalité
Japonais
Discipline
Judo
Club / Team
Kodokan
Parents
Jigoro Kano (père, fondateur du judo) · Sumako Takezoe (mère)
Fratrie
Rishin Kano (frère aîné, peintre, a renoncé au nom Kano)
Conjoint(e)
Yuriko
Enfants
Yukimitsu Kano (fils, 4e président du Kodokan, 1980-2009)

Quand le judo entre aux Jeux olympiques de Tokyo en 1964, le rêve d’une vie devient enfin réalité. Son artisan : Risei Kano, fils cadet du créateur du judo et président du Kodokan de 1946 à 1980. Deuxième président de la Fédération Internationale de Judo de 1952 à 1965, il a fait du judo un sport mondial.

Table des matières

1. Qui était Risei Kano, le fils cadet de Jigoro Kano ?

Risei Kano est né le 25 novembre 1900 et mort le 13 janvier 1986. Fils de Jigoro Kano, créateur du judo et fondateur du Kodokan en 1882, il a hérité d’une institution et non d’une technique. Son apport au judo ne sera pas martial. Il sera diplomatique, éditorial, mondial.

Le fils cadet grandit dans une famille profondément liée à l’éducation japonaise. Son père est un pédagogue de premier plan, directeur de la Tokyo Higher Normal School et bâtisseur du Kodokan. Risei ne pratique pas le judo de haut niveau. Il étudie la littérature japonaise à l’université Kokugakuin, où il obtient son diplôme en 1923.

À la mort de Jigoro Kano en 1938, la succession au Kodokan revient d’abord à son neveu Jiro Nango. Le Japon traverse alors la guerre, puis l’occupation. C’est dans ce contexte fragilisé que le fils Risei prend les rênes en novembre 1946. La mission est immense : remettre le judo debout dans un pays vaincu.

Repère Date Rôle
Naissance 25 novembre 1900 Japon
Diplôme universitaire 1923 Littérature japonaise, Kokugakuin
Président du Kodokan 1946 à 1980 3e directeur de l'institut
Président de la Fédération Internationale de Judo 1952 à 1965 2e président de la FIJ
Décès 13 janvier 1986 Grade de 10e dan

2. Qu'est-ce que le Kodokan dont Risei Kano a hérité ?

Le Kodokan est l’institut fondé par Jigoro Kano à Tokyo en 1882, dans le temple Eishoji. Son nom signifie « bâtiment pour l’enseignement de la voie ». C’est le lieu d’origine du judo moderne et la maison-mère du judo mondial aujourd’hui.

Jigoro Kano (1860-1938) est l’un des trois grands fondateurs d’arts martiaux modernes japonais, aux côtés de Funakoshi (karaté) et Ueshiba (aïkido). Sa rupture est philosophique avant d’être technique. Il bannit les techniques mutilantes du jujitsu de guerre, conserve les principes d’efficacité, et invente une pratique compatible avec l’école.

Les principales réalisations du créateur du judo structurent encore la pratique mondiale :

  • Création du judo Kodokan en 1882, premier art martial moderne.
  • Codification des kata et du randori comme deux piliers de l’entraînement.
  • Invention du système des grades dan pour mesurer la progression.
  • Présentation du judo en sport de démonstration aux JO de Los Angeles 1932.
  • Action diplomatique au sein du Butokukai, organisation centrale des arts martiaux japonais.

Au-delà des techniques, Jigoro Kano a laissé une œuvre écrite. Son ouvrage de référence, Kodokan Judo, codifie l’enseignement officiel de l’institut. Plusieurs textes posthumes — réunis notamment sous le titre Mind over Muscle — rassemblent ses réflexions pédagogiques. Risei Kano prolongera ce travail éditorial en préfaçant en 1964 l’édition anglaise d’Illustrated Kodokan Judo, manuel devenu international.

3. Quelle philosophie du judo Risei Kano a-t-il transmise ?

Jigoro Kano a laissé deux maximes connues de tous les judokas. La première : « Seiryoku zenyo — meilleure utilisation de l’énergie. » La seconde : « Jita kyoei — entraide et prospérité mutuelle. » Elles forment la devise du judo, gravée dans tous les dojos du monde.

Cette philosophie ne sépare pas le corps et l’esprit. Le waza, la technique pure, n’a de valeur que si elle sert l’éducation de la personne. Le tatami est pensé comme une école. C’est ce socle pédagogique que Risei reçoit en héritage, davantage qu’un répertoire technique. Sa tâche sera de le porter à l’échelle internationale sans le trahir.

L’invention des ceintures appartient elle aussi à Jigoro Kano. Le sensei distingue dès la fin du XIXe siècle la ceinture blanche (élève débutant) et la ceinture noire (élève accompli). C’est plus tard, en France, que Mikinosuke Kawaishi introduira les ceintures de couleurs intermédiaires pour structurer l’apprentissage occidental. Le système actuel résulte donc de deux apports successifs : Jigoro Kano pour le grade noir et blanc, Kawaishi pour l’arc-en-ciel pédagogique.

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4. Comment Risei Kano a-t-il dirigé le Kodokan de 1946 à 1980 ?

Le fils de Jigoro Kano devient le troisième directeur du Kodokan en novembre 1946. Il succède à Jiro Nango et dirige l’institution pendant 34 ans, de 1946 à 1980. Son mandat couvre la reconstruction du Japon, l’essor mondial du kodokan judo et la formalisation pédagogique pour l’étranger.

L’occupation alliée bouleverse l’enseignement des arts martiaux au sortir de la guerre. La pratique scolaire du judo est suspendue, le budget réduit, le statut des dojos fragilisé. Le judo n’est pas interdit durablement, mais sa place éducative doit être repensée. Risei accompagne cette transition jusqu’à la reprise officielle au début des années 1950.

L’institut entre alors dans une phase d’expansion. Le Kodokan déménage en 1962 vers un nouveau bâtiment à Kasuga-cho, conçu pour accueillir un public international croissant. Risei publie Judo Flourishing: Eight Years After the Waren 1954, un document qui éclaire la reconstruction. Sous sa direction, le manuel Illustrated Kodokan Judo devient la référence éditoriale pour les judokas non japonais.

La continuité familiale ne s’interrompt pas. Son fils Yukimitsu Kano lui succède en 1980 comme quatrième président du Kodokan. À Nantes, le Dojo Nantais, fondé en 1957 par Charles Hervé, prolonge cette filiation pédagogique avec ses plus de 1 320 licenciés, son label OR FFJDA et ses 6 disciplines.

5. Quel rôle Risei Kano a-t-il joué à la Fédération Internationale de Judo ?

Risei est élu deuxième président de la Fédération Internationale de Judo en 1952, à Zurich. Il occupe la fonction jusqu’en 1965. Son mandat coïncide avec l’internationalisation accélérée du judo et son entrée au programme olympique.

La FIJ a été fondée à Londres en 1951 pour fédérer les unions continentales. Le dirigeant japonais y négocie un équilibre subtil entre la tradition du Kodokan et les exigences du sport moderne. Sa double casquette — Kodokan et FIJ — fait de lui l’interlocuteur naturel des comités olympiques. Il accompagne aussi l’organisation des premiers championnats du monde de judo, tenus à Tokyo en 1956.

Les présidents successifs de la FIJ jusqu’à la fin de son mandat :

  1. Aldo Torti (Italie), 1951-1952
  2. Risei Kano (Japon), 1952-1965
  3. Charles Palmer (Royaume-Uni), 1965-1979

L’IJF a depuis ouvert des archives historiques consultables sur le site officiel de la Fédération internationale de judo. Côté français, la Fédération Française de Judo a structuré le judo français en parallèle, dans la même décennie.

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6. Pourquoi les Jeux olympiques de Tokyo 1964 marquent-ils sa victoire ?

Les Jeux olympiques de Tokyo en 1964 ont consacré le judo comme discipline olympique. Cette intégration est l’aboutissement direct du travail diplomatique de Kano Risei à la tête de la FIJ. Pour la première fois, un art martial japonais entre au programme officiel des Jeux.

Le projet venait de loin. Jigoro Kano avait déjà présenté le judo en sport de démonstration à Los Angeles 1932. La guerre avait suspendu l’élan. Trente ans plus tard, son fils concrétise l’ambition paternelle. Le judo devient le premier art martial asiatique olympique.

Quatre médailles d’or se disputent à Tokyo. Trois reviennent au Japon. La quatrième, en toutes catégories, est remportée par le Néerlandais Anton Geesink. Lorsque ses coéquipiers tentent de monter sur le tatami pour célébrer, Geesink les arrête d’un geste. Le respect du tatami et de l’adversaire passe avant la joie. Ce geste, retenu par toute la communauté judo, scelle symboliquement l’universalité du code moral voulu par Jigoro Kano.

La défaite japonaise en open accélère un débat amorcé dès 1961, l’année où Geesink avait déjà battu un Japonais aux Mondiaux de Paris. Le champion du Japon toutes catégories perd son statut sacré. Le judo s’ouvre.

Année Étape Lieu
1882 Fondation du Kodokan par Jigoro Kano Temple Eishoji, Tokyo
1932 Judo en sport de démonstration aux JO Los Angeles
1951 Création de la Fédération Internationale de Judo Londres
1956 Premiers championnats du monde Japon
1964 Judo discipline olympique Jeux olympiques de Tokyo
1972 Retour pérenne du judo aux JO Munich

7. Risei Kano était-il un grand judoka ?

Risei n’a jamais été un judoka de haut niveau au sens compétitif. Il a reçu le 10e dan, le grade le plus élevé du Kodokan judo, en reconnaissance de son apport institutionnel. Sa stature dans l’histoire du judo n’est pas celle d’un technicien, mais celle d’un architecte.

Le contraste avec son père est net. Jigoro Kano formait ses élèves sur le tatami et créait les kata. Le fils Risei a porté le judo dans les bureaux, les ambassades et les comités olympiques. À sa génération, l’institution avait besoin de cette compétence-là plus que d’un nouveau maître technique.

Ce profil tient une place à part parmi les hauts gradés du Kodokan. Des techniciens comme Hajime Isogai, ou plus tard Keiko Fukuda, première femme 10e dan, ont incarné la transmission martiale du waza. Risei a incarné, lui, la transmission politique. Les deux dimensions ont été nécessaires pour faire passer le judo de quelques dizaines de pratiquants à un sport mondial.

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8. Comment les catégories de poids ont-elles été acceptées au judo ?

Les catégories de poids ont été introduites pour permettre au judo d’entrer aux Jeux olympiques de Tokyo en 1964. Le Kodokan, longtemps attaché à l’idéal du champion toutes catégories, a dû accepter cette adaptation. Risei Kano a accompagné et validé ce compromis historique sans le piloter seul.

Plusieurs forces ont convergé. Le Comité international olympique imposait des catégories de poids, comme dans la lutte et la boxe. Les compétitions européennes avaient adopté un système par catégories dès les années 1950. La défaite du Japon en open contre Geesink, en 1961 puis en 1964, avait achevé de convaincre les sceptiques. Le dirigeant japonais a tranché en faveur de l’inclusion olympique, sans renoncer à la philosophie du Kodokan.

À Tokyo 1964, le programme olympique comprenait quatre catégories :

  • Moins de 68 kg
  • Moins de 80 kg
  • Plus de 80 kg
  • Toutes catégories (open)

Les catégories se sont étoffées au fil des Mondiaux, jusqu’aux sept catégories actuelles. Le Dojo Nantais accompagne ses compétiteurs sur ces grilles, du minime au senior, dans le sillage de la Judo Pro League où évolue son équipe et du Pôle Espoir Pays de la Loire auquel le club est lié. Pour aller plus loin, voir notre page sur les catégories de poids en judo.

9. Quel héritage Risei Kano laisse-t-il au judo moderne et au judo en France ?

L’héritage de Risei se mesure aujourd’hui à l’échelle planétaire. La Fédération Internationale de Judo rassemble plus de 200 nations membres. Le judo figure au programme olympique sans interruption depuis Munich 1972. À Paris 2024, il a été l’une des disciplines les plus suivies, prolongement direct du travail diplomatique entamé sous sa présidence.

Le judo en France doit aussi beaucoup à cette mondialisation pilotée depuis le Japon. Son implantation française avait commencé en 1935 avec Mikinosuke Kawaishi, qui adapta la pédagogie au public occidental. Jean de Herdt, l’un des premiers grands judokas français, fut champion d’Europe en 1951. D’autres pionniers comme Moshé Feldenkrais en Europe occidentale, ou les frères Abe au Royaume-Uni, ont porté le judo Kodokan hors du Japon dans le cadre que Risei Kano avait stabilisé.

Le Dojo Nantais s’inscrit dans cette filiation depuis sa fondation en 1957. Le club compte 6 disciplines sur 3 dojos : Petit Port, Batignolles et Coidelle. Adrien Lelièvre, 2e dan et DEJEPS judo, en est le directeur sportif. Thierry Hervé, 5e dan et BEES 1, y enseigne depuis 1997. Les athlètes Islam Baganov, Abdoul Israpilov et Khadji Aliyev, intégrés au Groupe France, prolongent aujourd’hui ce fil.

L’histoire complète du judo et le portrait de Mikinosuke Kawaishi approfondissent cet article. Pour comprendre l’œuvre paternelle, voir notre page dédiée à Jigoro Kano.

Ce qu'il faut retenir

  • Risei Kano (1900-1986) était le fils cadet de Jigoro Kano, créateur du judo en 1882 au Kodokan.
  • Il a présidé le Kodokan de 1946 à 1980 et la Fédération Internationale de Judo de 1952 à 1965.
  • Sous son mandat, le judo est devenu discipline olympique aux Jeux olympiques de Tokyo en 1964.
  • Il a accompagné l’acceptation des catégories de poids, condition d’entrée du judo aux JO.
  • Son fils Yukimitsu Kano lui a succédé à la tête du Kodokan en 1980.
  • Le Dojo Nantais, fondé en 1957 et labellisé OR FFJDA, prolonge à Nantes cette filiation avec plus de 1 320 licenciés.

FAQ

Risei Kano était le fils cadet de Jigoro Kano, fondateur du judo. Né en 1900 et mort en 1986, il a hérité de la mission de diffuser mondialement le Kodokan judo, sans pratiquer lui-même au haut niveau.

Risei Kano a dirigé le Kodokan de 1946 à 1980, soit 34 ans. Il en a été le troisième directeur, après Jigoro Kano et Jiro Nango. Son fils Yukimitsu lui a succédé.

Le judo est devenu discipline olympique aux Jeux olympiques de Tokyo en 1964, sous la présidence de Risei Kano à la Fédération Internationale de Judo. Cette intégration a couronné une décennie de diplomatie sportive.

Risei Kano a reçu le 10e dan, le grade le plus élevé du Kodokan judo. Il n’a pas été reconnu pour un palmarès de compétiteur, mais pour son apport administratif et institutionnel.

Jigoro Kano a laissé deux maximes fondatrices : « Seiryoku zenyo » (meilleure utilisation de l’énergie) et « Jita kyoei » (entraide et prospérité mutuelle). Risei Kano a porté ces principes à l’échelle olympique.

Jigoro Kano a inventé le système de grades avec ceinture blanche pour les débutants et ceinture noire pour les pratiquants accomplis. Les ceintures de couleurs intermédiaires ont été ajoutées plus tard par Mikinosuke Kawaishi, en France, pour structurer la progression occidentale.

Le Dojo Nantais propose le judo dans la tradition du Kodokan sur trois sites : Petit Port (siège), Batignolles et Coidelle. Le club, fondé en 1957, est le 2e plus gros club FFJDA de France avec plus de 1 320 licenciés.

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Plus d’un siècle après la fondation du Kodokan, l’esprit du judo voulu par Jigoro Kano et porté à l’olympisme par son fils continue de vivre sur les tatamis du Dojo Nantais. Six disciplines, trois dojos, des enseignants diplômés. Réservez votre cours d’essai gratuit ou rejoignez-nous via la page inscription.

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Vous avez une question ou un souvenir lié à l’histoire du Kodokan ? Réagissez en commentaire : votre regard de pratiquant, débutant ou ceinture noire, enrichit cette mémoire commune.

Sources

Image de Alexandra TAILLEUX
Alexandra TAILLEUX
Infirmière et maman de quatre enfants, Alexandra Tailleux est passionnée par les arts martiaux. Bénévole au Dojo Nantais et impliquée dans la Judo Pro League, elle partage son expérience et sa vision authentique à travers des articles sur les valeurs, la pratique et la culture des arts martiaux.
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